Optimiser sa préparation cycliste : Côtes ou Vitesse, quel axe privilégier avant une course ?

Les spécificités physiologiques de l’entraînement en côte

L’entraînement en côte est souvent perçu comme l’exercice roi pour améliorer la puissance et la résistance musculaire. Pédaler en montée, c’est travailler en continu contre la gravité, obligeant le corps à développer une force conséquente sur les pédales, et engageant notamment les quadriceps, les fessiers et le tronc.

  • Amélioration de la puissance musculaire : Des études, dont celle publiée dans International Journal of Sports Physiology and Performance (2017), ont montré que les séances de côtes augmentent la puissance au seuil anaérobie de 5 à 7 % en 4 à 6 semaines chez les cyclistes amateurs.
  • Stimulation du système cardio-respiratoire : Grimper sollicite davantage le système cardiovasculaire. Selon la Fédération Française de Cyclisme (FFC), on enregistre souvent une élévation de la fréquence cardiaque de 10 à 15 % par rapport à un effort équivalent sur le plat.
  • Gain de force “spécifique” : Ce type de travail prépare particulièrement bien pour les compétitions présentant du dénivelé, format commun sur de nombreuses cyclosportives et courses urbaines.

Par ailleurs, la côte encourage à travailler la cadence et la technique de pédalage, permettant de développer une efficacité précieuse dans les situations où la fatigue musculaire risque d’entrer en jeu.

L’entraînement de vitesse : travailler l’explosivité et la résistance à l’allure

La vitesse, sur route plate ou faux plat, repose sur d’autres qualités. Ici, on cherche à booster la VO2 max et la capacité à maintenir une allure élevée sur une période prolongée. L’entraînement en vitesse, qu’il s’agisse de longues tirées à allure course ou d’intervalles courts à intensité maximale, sollicite fortement le système aérobie et l’endurance spécifique.

  • Développement de la capacité aérobie : Les protocoles utilisés en France, comme le “30/30” (30 secondes rapide, 30 secondes récupération), sont réputés pour augmenter de 5 à 10 % la VO2 max chez les sportifs entraînés (source : Cycling Weekly, 2019).
  • Travail de la tolérance au lactate : La vitesse développe la capacité à rouler vite malgré l’accumulation d’acide lactique, compétence déterminante lors d’un final de course ou pour tenir le rythme dans un peloton.
  • Répétition des efforts intenses : Les séances de sprint, notamment en “sortie de virage” ou lancement de sprints finaux, renforcent l’explosivité, une qualité qui peut faire la différence sur certaines épreuves citadines.

À noter que ces entraînements sont également connus pour réduire le risque de blessure grâce à la diversité des intensités travaillées, à condition de bien intégrer des phases de récupération.

S’adapter à la course : analyser le parcours et ses exigences

Le choix entre côte et vitesse n’a pas de sens sans tenir compte de la typologie de l’épreuve préparée. Les parcours urbains, typiques des grandes villes françaises comme Paris ou Lyon, alternent tronçons plats, faux-plats montants et parfois, des côtes courtes mais raides (ex. la montée de la rue de Ménilmontant à Paris, 450m à 10 %).

  • Circuit vallonné : Un profil “cloche” privilégiera les grimpeurs ou les rouleurs endurants. Ici, l’entraînement en côte, mixé à du fractionné, sera indispensable pour encaisser les relances et récupérer rapidement.
  • Parcours plat : Priorité à la vitesse, au travail à haute intensité et à la gestion des relais, que l’on roule en solo ou en petit groupe. Le maintien d’un effort long à 85–90 % de sa FC max peut être déterminant.
  • Combinaison plat-côte : Dans la majorité des cyclosportives, c’est la capacité à enchaîner les deux types d’efforts qui prime. D’après ProCyclingStats, sur certaines classiques, la vitesse moyenne peut rester supérieure à 38 km/h malgré plusieurs côtes de plus d’un kilomètre à 8–9 %.

Le succès d’un entraînement dépend donc de l’alignement entre le profil de course et le contenu des séances.

Cas concrets : profils de cyclistes et réponses adaptées

Chaque cycliste dispose d’un moteur différent : certains ont un profil de grimpeur naturel, d’autres sont plus “rouleurs” ou “sprinteurs”. Un grimpeur n’aura pas le même rendu sur le plat qu’un spécialiste du contre-la-montre, et l’approche doit donc être individualisée.

  • Le grimpeur (poids léger, forte PMA) : Vise à renforcer encore la puissance spécifique en côte, sans négliger la vitesse “sur le plat” pour rentrer dans les groupes ou tenter l’échappée. Exemple : Romain Bardet pèse 65 kg pour 1,84 m, sa puissance en côte lui permet de tenir en montagne (source : L’Équipe).
  • Le rouleur (puissant mais plus lourd) : Doit axer son entraînement sur la vitesse longue, les efforts à haut pourcentage du seuil, mais ne doit pas ignorer le travail de côte pour améliorer le rapport poids/puissance, surtout sur des profils accidentés.
  • Le sprinteur (explosif en fin de course) : Sa priorité reste l’explosivité, mais il a aussi besoin de travailler le travail en bosse pour ne pas se faire décrocher dans les cartons.

D’après une analyse de TrainingPeaks, la meilleure progression s’observe chez les cyclistes qui vouent en moyenne 30 à 40 % de leur entraînement à la “faiblesse” identifiée (côte ou vitesse), tout en maintenant leur force principale.

Les erreurs fréquentes et les clés pour progresser durablement

La plupart des erreurs proviennent d’une préparation trop monolithique : les adeptes des côtes négligent la “caisse” nécessaire pour tenir l’allure, tandis que les “rouleurs” sous-estiment l’importance de la puissance courte. Quelques erreurs fréquentes : 

  • Focalisation excessive sur un seul type d’effort : Résultat, une progression limitée et des sensations mitigées à la sortie du “bloc” d’entraînement.
  • Négligence de la récupération : Entraînement intensif sans récupération suffisante peut faire grimper le risque de blessure de 20 % (source : Sport Sciences for Health, 2021).
  • Manque de travail spécifique à l’approche de la course : À moins de 4 semaines, il est essentiel de se rapprocher de la typologie d’efforts exigée par la course cible (pyramides, allures course, simulations d’enchaînements bosses/plats).

La complémentarité reste la clef : Christophe Laporte, récent vainqueur d’étape sur le Tour de France, alterne côte et vitesse au fil de la saison, ajustant la balance selon le profil des épreuves (L’Équipe).

Méthodes de planification intégrée : conjuguer côte et vitesse intelligemment

Ainsi, privilégier exclusivement l’une ou l’autre de ces qualités serait réducteur. Voici comment agencer une préparation optimale :

  1. Identifier le profil de votre course (dénivelé total, longueur, type d’effort attendu).
  2. Réaliser un état des lieux de vos propres qualités et points faibles (analyse de vos données de puissance, de fréquence cardiaque, retours de sensations).
  3. Programmation de cycles croisés : intégrer chaque semaine 1 à 2 séances dédiées à la “faiblesse”, le reste à la “force”.
  4. Blocage final (3-4 semaines avant la course) : accent sur le travail qui correspond au type d’efforts majoritaires de l’épreuve.

Ces principes sont issus de la planification dite “polarized” popularisée par Stephen Seiler, qui recommande 80 % du temps en endurance, 20 % en haute intensité, quel que soit le terrain (International Journal of Sports Physiology and Performance).

Vers une préparation cycliste sur-mesure

Donner la préférence à l’entraînement en côte ou à la vitesse ne doit donc jamais se faire de façon dogmatique. La clé reste dans l’équilibre et l’individualisation de la préparation, fondée sur les caractéristiques de la course et du cycliste. Pour progresser, combinez judicieusement puissance en bosse, vélocité sur le plat, récupération et analyse régulière de vos retours physiques. Adoptez cette approche “intelligente” pour affiner, saison après saison, une stratégie de préparation vraiment efficace, à la hauteur de vos ambitions sur le vélo.