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Maroc Imprévu

Posté le: Jan 23, 2019 | Auteur: Dinah Lietmann

On me propose régulièrement des plans un peu fous, que j’aimerais accepter, mais dont je m’échappe souvent avec une logique cartésienne guidée par la sécurité.

Qu’est ce qui fait que cette fois ci, je me retrouve dans un avion, pour une semaine de surf au Maroc? lorsqu’à 2 reprises, je me suis couché à Lille la veille en prévoyant ma journée de travail…

Maroc Imprévu

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Il est 20h et je rejoins Pierre pour un verre dans le vieux Lille. Les copains arrivent au goûte à goûte et nous parlons d’aventures, de surf ou échangeons simplement sur nos vies. Vers 22h, je m’éclipse et glisse sur mon yamba dans les rues lilloises lorsque l’absence de pavés le permet.

Je sonne chez Joséphine & Thomas, mes compères de trip depuis 1 an. J’entre et trouve Thom avec Louis, que je ne connais pas encore. Ils ont étalé les combinaisons, les surfs et tous les accessoires au sol. Tout cela doit rentrer dans le boardbag, ils partent à 2h du matin vers Charleroi afin de s’envoler pour le sud du Maroc.

Depuis 3 ans, je vivais au pays basque. Cette région unique m’a transmis le surf comme art de vivre. L’horloge était réglée au rythme des vagues et des marées, la colocation devenue un temple de la glisse. Il y a 6 mois, j’ai décidé de remonter à Lille pour créer une marque de bagagerie upcyclée. Je récupère les produits défectueux de Décathlon pour leur donner une seconde vie. C’est un projet enrichissant qui me tient à coeur pour transformer mes convictions personnelles en un projet concret. Revenir à Lille était un choix de proximité familial et de ressources pour mon projet. Mon train de vie a diminué proportionnellement à mon écart de revenus en tant que créateur d’entreprise. Mon quotidien a également bien changé puisque l’océan est désormais bien loin, et il m’a fallu quelques semaines pour comprendre que le surf n’est plus au pas de ma porte.

Bien entendu, ils me proposent de partir au Maroc avec eux. Nous regardons les billets d’avion, ils sont toujours en vente et moins chers que ce qu’ils ont payé il y a quelques semaines. J’ai peu de rendez-vous à venir, mais ils sont importants pour mon projet entrepreneurial. Je me sens oppressé, incapable de prendre une décision forte et préfère rentrer chez moi. La pression de créer la marque est forte, le pragmatisme revient souvent au galop. ‘Etre sous l’eau’ semble être la nouvelle norme pour montrer qu’on travaille d’arrache-pied, qu’on n’a plus le temps à rien. Je ne rentre pas dans cette catégorie, j’ai le temps pour plein de choses. Mais que vont penser les gens? sans oublier l’image du créateur d’entreprise au soleil aux frais de la collectivité...

J’arrive chez moi, ma camionnette est garée dans la cour, avec à l’arrière mon surf et ma combinaison 4mm. Ce serait un peu chaud pour le Maroc à cette saison, mais ca ferait l’affaire tout de même… je commence à rêver des vagues interminables du Maroc, déroulant le long du désert.

Il faut vite me dégager cette idée de la tête, j’ai pris ma décision, demain je me lèverai et ce fantasme me sera sorti de la tête. J’appelle quand même Domi, qui partage ma vie tout en résidant à Paris, pour avoir son avis. J’ai très envie d’y aller et au fond de moi je sais que je n’irai vraiment que si elle me dit que c’est une bonne idée (on se sent tellement indépendant jusqu’à ce que…). Elle ne répond pas et je vais me coucher. Je reçois alors un message de Thom, j’ai oublié mon portefeuille chez eux.

Je le rappelle pour le prévenir que j’arrive, il me passe Jo qui me répète que l’on n’a qu’une vie, et que je dois absolument venir. Incapable de décider, je réponds sèchement que ce n’est pas possible.

Je file à nouveau en skate pour récupérer mon portefeuille, souhaite une dernière fois un bon voyage aux copains et repars. Énervé contre moi même pour être incapable de partir, je file à toute vitesse et chute en skate rue royale. Le genou à légèrement tourné, une main égratignée… Cela met un stop définitif à mes envies de partir. Je rentre et me couche à nouveau dans mon lit.

C’est à ce moment que Domi découvre mes tentatives de la joindre, et vers 23h me rappelle. Elle me dit ce que j’ai besoin d’entendre et sait que ce genre de voyages est important pour moi. Elle me comprend, et j’espère que je saurai faire pareil en temps voulu. C’est décidé, je pars au Maroc dans 3 heures.

J’apprends la nouvelle à Jo, Thom et Louis. Je choisis le bon sac à dos pour un surf trip, confortable, aéré, suffisamment grand mais pas trop. Ce sera un Sandqvist Bernt qui m’a déjà suivi dans de nombreuses aventures, auquel je fais pleinement confiance. Je balance littéralement 3 caleçons, 1 pull, 1 bon bouquin (de Patrice Franceschi) et mon stick vert pour me protéger du soleil marocain lors des longues sessions de surf. Je ressors dans le froid et file chez mes amis pour mettre moi aussi mon surf dans le boardbag, prendre mes billets d’avion. Il est minuit.

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Avec notre équipement pesant maintenant 30 kgs, nous traversons la ville endormie jusqu’à Lille Europe où nous montons dans le bus pour Charleroi. Le car part à 2h30 et je ne trouve pas le sommeil, où très peu.

Dans quelques heures nous serons dans le sud du Maroc, les conditions sont exceptionnelles, grand soleil annoncé et des vagues de presque 2 mètres pour une période oscillant entre 12 et 15 secondes toute la semaine.

Il est 10h, nous sommes début décembre.

J’ai annulé tous mes rendez vous de la journée, et je pose un pied sur le sol Marocain, que j’aime tant. Le mercure atteint déjà 20°C et nous fait rapidement oublier la grisaille basse, de cette vie Lilloise que nous aimons, mais que nous aimons quitter le temps d’une folie.

Suite : Maroc Imprévu Part 1

Nous sommes à Agadir et passons le contrôle des frontières marocaines, pour un nouveau tampon sur mon passeport. Il me faudra bientôt le renouveler, faute de place. Je vis les deux pieds englués dans le paradoxe de ma génération. Je vis en achetant local, en consommant responsable et en donnant du sens à tous mes gestes. Pourtant, je continue de prendre l’avion, parfaitement conscient de l’impact que cela engendre. Je pense que la microaventure, locale elle aussi, sera une solution à nos propres contradictions.

Nous arrivons aux douanes et comme un automate, l’agent répète à qui passe : “Drone, caméra?”. Je réponds que j’ai en effet un appareil photo, classique, et il me laisse passer. Thomas en revanche a emporté son drone avec lui. Il est vidéaste et dispose d’un drône comme outil de travail. Il répond à l’agent des douanes par l’affirmative. Nous apprenons alors que la possession et l’usage des drones sont interdits au Maroc, qu’il ne faut pas rigoler sur le sujet. On imaginait déjà de magnifiques prises de vue en surf… Thom part avec l’agent des douanes pour un contrôle, on préfère avancer.

Louis et Jo vont louer une voiture, je marche avec le boardbag vers la sortie de l’aéroport. Il nous faut sangler le sac sur le toit de la voiture, ce qui n’est pas pour plaire aux loueurs… Nous préférons procéder à la manoeuvre loin du regard des concessions.

Après 30 minutes, nous nous retrouvons tous à la sortie de l’aéroport. Nous disposons d’une superbe dacia. Il semble que le low cost ne le soit plus tant que ça et notre bolide dispose d’une grande dalle tactile et d’un radar de recul.

Thom quant à lui, a dû abandonner son drone aux douanes. Il dispose d’un billet pour le récupérer au retour, non sans appréhension. C’est cuit pour les images sur place…

Nous filons déjà vers le sud, il nous faut 3 heures pour atteindre le spot. Louis conduit la première partie du trajet, je prends le relai plus tard. Nous évoluons dans tout ce que le Maroc a de plus beau, étendues désertiques, oueds riches de vie, littoral alternant falaises et grandes plages de sable…

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Arrivé sur place, nous nous posons sur une table en bordure de route et commandons un poulet rôti, des frites et des lentilles. Le poulet est juteux, on se régale. Nous n’avons pas demandé le prix, on s’en sort pour 100 dirhams, soit 2€50 par personne.

Nous installons nos affaires dans un airbnb trouvé par les copains pour 30€ par nuit, raisonnable à 4. On ne capte aucun wifi à l’intérieur, tant mieux. Nous allons faire quelques courses pour cuisiner et entreprenons de louer une planche de surf pour Jo qui n’a pu emporter la sienne. On trouve quelques loueurs, qui demandent un prix dérisoire pour une planche pendant une semaine.

Nous savons qu’un des spots sur la côte se trouve un peu plus au sud, abrité par la jetée du port local. Les vagues seront un peu diminuées en taille, ce qui nous arrange comme nous n’avons pas surfé depuis quelques mois. Nous arrivons peu avant le coucher de soleil et profitons d’une session pendant laquelle la couleur du ciel aura reflété toute la palette des rouges et des oranges. Une superbe mise en bouche.

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Les jours suivants, nous reviendrons sur ce spot exceptionnel. 2 vagues déroulants en gauche se succèdent. La première est de taille modérée, et convient aux débutants. La seconde, un peu plus loin, est de taille plus impressionnante et il faut gérer les séries de vagues plus grosses qui arrivent en général toutes les 20 minutes.
Le swell frappe toute la côte violemment et les écoles de la région ont choisi ce spot pour leurs élèves.  Si quelques surfeurs ont décrété de ne transpirer aucun sourire, la majorité est vraiment bon esprit et nous partageons de splendides vagues pendant 5 jours. Une en particulier me restera en tête longtemps. Parfaitement formée, j’ai pu la surfer avec vitesse sur une distance dont je n’osais rêver. La banane jusqu’aux oreilles, nous savons tous les quatres que nous avons une chance extraordinaire et qu’il faut apprécier chaque instant. Les derniers jours, nous nous levons aux aurores pour allonger les journées.

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Un midi, nous filons vers le sud et commandons une tajine dans une maison d’hôte en bord de plage, où nous trouvons un accueil chaleureux. La maison est construite sur une colline surplombant l’océan. Elle est agencée en étages, bariolée de sublimes couleurs. Le bleu est la couleur dominante, auquel viennent se mêler du rouge, du vert, du jaune, sans faute de goût. En face, les vagues se déchaînent et nous observons religieusement un professeur de surf français venu ‘hiverner’ pour 4 mois au Maroc. Il est accompagné par un de ses élèves en bodyboard. En se mettant à l’eau, ils dérivent rapidement vers le nord, et le bodyboarder rentre sur la plage en ayant perdu ses palmes sans prendre une vague. Le surfer en prendra une puis rentrera, éreintée par la rame dans des vagues atteignant 3 mètres dans les grosses séries. La tajine de poisson était bien évidemment excellente.

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Nous achetons aussi du poisson sur la criée locale. C’est un moment de rencontre que j’apprécie particulièrement et nous discutons avec un armateur sur le port. Il m’explique qu’il a deux bateaux à la sardine. Ce sont des barques en bois, stratées d’une couche de fibre de verre. Elles sont très lourdes, et ne disposent que de moteurs de 15cv. Il raconte qu’à trois reprises, il traversa jusqu’aux canaries en face, pour des navigations de 36h avec 27 migrants par bateau. Sur place, il se fait ‘coffrer’ par les autorités espagnoles pendant 2 à 3 semaines puis il est renvoyé par avion. Il perd un bateau mais l’opération reste rentable.

Lors de ces raids, ils équipent les bateaux avec deux moteurs. Chacun tourne pendant 3 heures, puis on alterne. On allume le second moteur avant d’éteindre le premier, pas fou.

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Au marché, nous faisons le plein de légumes et fruits. Flânant le long des étals, un local qui doit approcher les 70 ans m’attrape par le bras et me tend une figue de barbarie, que j’accepte bien évidemment. Je m’assois à ses côtés et nous échangeons quelques mots en profitant du buffet des fruits bien mûrs. Deux coups de couteau aux extrémités, un dans la longueur, le fruit est prêt à être dégusté.

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La semaine s’achève et nous rendons la planche de surf de location. Le loueur nous demande si nous voulons lui céder du matériel, car il est bien difficile d’en acquérir sur place. Je lui échange volontiers mes dérives contre une casquette promotionnelle de son shop. Mon souvenir sur la tête, nous filons déjà à l’aéroport pour rentrer en France. A nouveau, nous déchargeons la voiture bien avant l’aéroport, retirons les traces de wax sur le toit et croisons les doigts pour récupérer le drone. Thom disparaît à nouveau avec les douanes marocaines. Peu avant l’embarquement, il revient accompagné par des militaires, son drône à la main. Ouf, il a récupéré son matériel avant de repartir.

Enfin, nous montons dans l’avion et par le hublot, observons les paysages désertiques qui s’éloignent, jusqu’à la prochaine fois.

De retour en France et plein d’énergie, je reprends mon aventure entrepreneuriale. Partir sur un coup de tête valait le coup! Mon surf est accroché au dessus de mon bureau, il attend lui aussi avec impatience les prochaines courbes. Inch’Allah.

Fin du trip marocain.

Benoît

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